Pourquoi publier gratuitement

Dans notre inconscient, une œuvre de bonne qualité doit forcément être payante. Le gratuit, ça ne peut qu’être mauvais, amateur. Il faut dire qu’aujourd’hui, Internet permet à tout le monde de s’autopublier sans le moindre filtre, sans le moindre gage de qualité. Mais « tout le monde » ne veut pas forcément dire « n’importe qui ». De bons auteurs se cachent dans la masse, et nous sommes trop peu nombreux à essayer de les découvrir. En tant qu’auteur indépendant et distributeur de nouvelles gratuites qui tente de bien faire son travail, je vais vous présenter quelques-unes des raisons qui nous poussent sur cette voie.

Internet

Publier sur Internet est rarement un choix premier, même si « auteur du web » est un statut que l’on aime assumer par la suite. On commence souvent à écrire sur Internet par rejet du monde de l’édition. Être refusé par un ou plusieurs éditeurs n’est cependant pas nécessairement synonyme de mauvaise qualité. Les maisons d’éditions doivent vendre – c’est bien normal après tout – et cherchent donc des œuvres au format publiable et rentable. Auteurs de nouvelles et de poésie, passez votre chemin. Si vous pensez que les ebooks sont forcément mauvais contrairement aux livres physiques, rappelez-vous simplement d’au moins un livre que vous avez détesté. Il y a du très mauvais sur tous les supports, édités ou non (même si, je l’avoue, les proportions ne jouent probablement pas en notre faveur).

 

Gratuit, nécessité ou philosophie ?

Internet offre une possibilité inédite dans le monde papier : la gratuité.
Tout n’est qu’une question d’objectif, et de réalisme. Aussi sérieusement que je prenne l’écriture, café fumant à mes côtés, à la table d’un bistrot, je ne suis pas J.K. Rowling (qui, rappelons-le, s’est vue refuser le manuscrit de Harry Potter de nombreuses fois). Vivre de sa plume est une chance inouïe, qui n’est pas donnée à tout le monde, loin de là. Écrire pour le succès, l’argent, la gloire, est très probablement une erreur – mais c’est un choix.
Si votre but premier est d’être lu le plus possible, alors la gratuité est une option très intéressante. Les lecteurs du web ont tendance à se diriger plus facilement vers un auteur inconnu s’il offre ses textes, plutôt que s’il les vend. Les chiffres sont clairs. D’après Smashwords, les œuvres gratuites sont téléchargées en moyenne 92 fois plus que les autres… Difficile à concurrencer. Et puis, on a vu aussi des œuvres à succès sur Internet se faire finalement repérer et publier en papier. Alors pourquoi pas, après tout ? Vous ne perdez rien, absolument rien, à tout faire vous-même et à voir le nombre de vos lecteurs augmenter. Et vous aimerez ça.

 

Piratage

En restant lucide, on peut aussi se dire qu’une œuvre payante sur Internet, et qui plaît à quelqu’un, sera forcément partagée « illégalement » avec quelques amis, voire même piratée et diffusée ailleurs sur la toile, et gratuitement cette fois. Autant prendre les devants. Demandez à vos lecteurs de vous partager, de vous diffuser autant que possible. La gratuité réclamée et assumée, même affublée d’une licence Creative Commons restreignant les droits, est mieux respectée qu’un copyright froid et rigide ou qu’un ebook hyper sécurisé. Tous ces gens qui se partagent votre texte parce qu’ils l’aiment finiront bien par visiter votre site Internet. En tout cas, j’ai envie d’y croire.

 

Notre responsabilité d’auteur, de bloggeur

Pour finir, je dirais que nous, créateurs, bloggeurs, auteurs du web, avons tous une responsabilité dans la mauvaise considération des œuvres gratuites par le grand public. Car si les ebooks non-payants sont plus téléchargés que les autres par les lecteurs curieux qui s’aventurent vers les auteurs inconnus, le grand public, lui, se méfie encore des indépendants. Je n’ai à ce stade jamais lu, sur aucun blog littéraire, ou vu sur aucun booktube de critique de livres ou d’ebooks auto-édités, encore moins gratuits. Quel dommage ! Des critiques constructives, des présentations d’auteurs et de leurs œuvres permettraient d’apporter un peu de clarté, de faire le tri, ou tout du moins d’ouvrir le débat. Vous dont la passion est la lecture, vous qui utilisez Internet pour en parler, ne vous arrêtez pas au papier ! Suis-je le seul à penser que cette absence de blogging nuit gravement à l’indépendance des auteurs ?

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