Auteurs, nos degrés d’indépendance

J’ai plusieurs fois essayé de publier des articles destinés à mettre en avant des outils utiles à l’auto-édition. Récemment, j’ai réalisé que je n’avais jamais défini ce que j’entendais par « auteur indépendant » ou « auto-édité ». Réfléchir à cette question m’a permis de m’éclaircir les idées. Selon mon point de vue, il existe plusieurs degrés d’indépendance. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut trouver, pour chacun de ces « étages », des outils gratuits et libres permettant de les gravir – exception faite de l’impression, qu’il faut bien payer.

Dans cet article, je vous présente ces différents stades d’indépendance.

Auteur indépendant

En général, on parle d’auteur « indépendant » ou « auto-édité » par opposition avec le circuit éditorial traditionnel. Les phases élémentaires de ce circuit sont :

  1. l’écriture
  2. l’édition
  3. l’impression, pour peu que l’on travaille en papier
  4. la diffusion

Il y a bien entendu des nuances possibles,  et des variations selon les pays et les marchés. Vous trouverez peut-être même qu’il manque une phase importante, en fonction de votre propre expérience. Considérez que ceci est une version simplifiée des choses.

Dans le circuit traditionnel, les phases 2 à 4 sont gérées par l’éditeur. Il se charge de l’édition proprement dite (conseils, demandes de modifications, contrôle par rapport à la ligne éditoriale, etc.) de l’impression, et de la diffusion (pour rendre disponible votre livre en librairie ou sur internet). S’il ne s’en charge pas lui-même, ce sont des intermédiaires qui s’en occupent, mais peu importe : une fois le contrat d’édition signé, l’auteur ne s’occupe plus de rien à part corriger son manuscrit selon les recommandations éditoriales.

Selon moi, un auteur indépendant est un auteur qui décide de prendre en charge au moins une des phases 2 à 4, c’est à dire de l’édition, de l’impression et de la diffusion.

La prise en charge, un nœud de subjectivité

« Prendre en charge » est une idée bien vague, et varie d’un auteur à l’autre. Prenons un exemple en ce qui concerne la diffusion.

Beaucoup d’auteurs auto-édités confient à Amazon la diffusion de leurs œuvres. Certains d’entre eux souscrivent au programme KDP Select, ce qui signifie que leurs textes ne doivent être disponibles nulle part ailleurs. Peut-on encore parler d' »indépendance » à ce stade ? Oui, en vertu de ma définition. Mais au sein de la « prise en charge » par l’auteur de la diffusion de son texte se crée une autre forme de dépendance, celle qui se noue entre l’auteur et son intermédiaire.

C’est hélas un constat que je suis bien forcé d’établir : au cœur même de notre indépendance, nous sommes encore très dépendants.

S’outiller pour gagner son indépendance

Les sites, logiciels et institutions dont je vais parler ici ont pour objectif de maximiser le nombre de choses que vous pouvez faire vous-même en tant qu’auteur, entre le moment où germe l’idée dans votre esprit et celui où un lecteur vous lit.

Écrire

Si vous ambitionnez de faire imprimer ou convertir votre texte en ebook, il faudra utiliser un logiciel de traitement de texte en respectant une mise en page correcte. J’ai écrit un article concernant les erreurs de mise en page à ne pas commettre. Il concerne Microsoft Word, mais les considérations restent identiques pour les autres.

À ce propos, le choix du logiciel utilisé peut aussi être la base d’un débat sur l’indépendance. L’utilisation de logiciels propriétaires, comme Word, répand des formats de fichiers dont l’exploitation nécessite soit d’acheter le même programme, soit de le pirater. Si vous voulez vous démarquer, vous pouvez utiliser un logiciel libre, comme LibreOffice. Il fera parfaitement l’affaire, et vous pourrez même enregistrer vos fichiers en .doc.

Vous voulez aller encore plus loin ? Votre ordinateur, qu’il soit PC ou Mac, tourne probablement sous un logiciel propriétaire : Windows ou Mac OS. Vous pouvez sauter le pas de l’indépendance en passant à Linux, totalement libre et open source. En ce moment, je teste partiellement Ubuntu, et je dois dire que je suis assez content !

Organiser son histoire

Je vous en ai déjà parlé. Si vous avez besoin d’un logiciel pour créer vos fiches personnage, votre ligne du temps, organiser vos idées… Le logiciel libre Bibisco est fait pour vous.

Faire corriger son texte

Honnêtement, relisez-vous vous-même. Demandez conseil à vos amis, des gens de confiance qui n’auront pas de problème à l’idée de vous dire ce qui ne va pas. Vous n’êtes pas obligé de donner de l’argent à des « professionnels » pour faire de la bêta-lecture. Restons sérieux. Tant qu’à dépenser un peu d’argent, achetez une illustration pour votre couverture, si vous doutez de votre talent de designer amateur. Mais écrire, bordel, c’est notre métier.

Créer sa couverture

J’ai consacré un article à ce sujet. Avec le logiciel libre Gimp, des polices libres sur Fontsquirrel et des images libres de droits sur Unsplash ou Pixabay… Vous avez toutes les cartes en main pour créer de splendides couvertures.

Convertir son récit en ebook

La conversion de votre fichier texte en ebook peut se faire grâce au logiciel libre Calibre, dont je vous ai déjà parlé également.

Acquérir un numéro ISBN

Vous pouvez demander des numéros ISBN gratuitement auprès de l’AFNIL. Je vous en parlais ici.

Imprimer

Hélas, je ne publie qu’en ebooks, et je ne peux donc pas vous donner de conseils au sujet de l’impression. Mais il existe des imprimeurs à la demande qui peuvent vous sortir autant d’exemplaires d’un livre que vous le souhaitez.

Diffuser

Je ne parlerai que de la diffusion en ligne, car c’est le seul circuit que je connais suffisamment pour donner mon avis à son propos.

C’est là que ça devient compliqué, et pour peu que vous souhaitiez faire les choses vous-même, payant. L’indépendance totale en termes de diffusion n’existe que si vos ebooks sont téléchargeables sur votre propre site internet. Il faudra donc :

  • acheter un nom de domaine
  • payer pour vous faire héberger sur serveur

Si vous êtes un peu geek, vous pouvez fabriquer vous-même votre serveur avec un disque dur et un Raspberry Pi sur lequel tournera OwnCloud. Vous pourrez ensuite créer votre site avec WordPress, logiciel libre. Sur votre serveur perso, vous pourrez stocker vos fichiers ebooks et les faire télécharger via votre site.

Si vous n’êtes pas très geek, une version allégée de ce système, un peu moins indépendante, consiste à stocker vos fichiers ebooks sur une Dropbox, sur Google Drive, Microsoft OneDrive ou un autre système de cloud, comme le cloud libre Framadrive (avec leurs 2Go, vous pourrez stocker des ebooks un bon moment !).

Mais il faut rester honnête : quand on diffuse uniquement sur son site personnel, on n’est pas très visible… Une solution, qui nous fait malheureusement perdre un peu d’indépendance, consiste à passer par Smashwords. Ce site, gratuit, vous permet de diffuser d’un seul coup votre ebook sur différentes plateformes : Smashwords, iTunes, Kobo, Overdrive, Barnes&Noble… et de surveiller les téléchargements. Rien n’empêche de combiner les deux approches.

Smashwords a cependant ses contraintes : vous êtes forcé d’y uploader vos fichiers au format Word .doc (mais comme dit plus haut, vous pouvez enregistrer vos fichiers LibreOffice dans ce format). Vous devrez noter « Smashwords Editions » sur la première page et « (c) votre nom » quel que soit votre mode de diffusion. L’outil reste néanmoins extrêmement puissant et pratique.

Ce qui compte, à mon sens, c’est d’avoir conscience de la multiplicité des modes de diffusion. Tout ne doit pas passer par un site unique qui emprisonnerait nos textes.

Licences libres et licences de libre diffusion

Si cela entre dans vos convictions, vous pouvez diffuser vos textes sous licence libre, ou de libre diffusion. Je vous parle de mon expérience à ce sujet ici.

Trouver équilibre et cohérence

Je suis loin d’avoir maximisé mon indépendance pour chacun des points cités. Petit à petit, c’est néanmoins la direction que je prends, et je tenais à partager cela avec vous.

Malgré tout cela, je ne pense pas qu’il failler rejeter le circuit éditorial traditionnel pour autant. Chaque auteur doit pouvoir choisir, œuvre après œuvre, du mode d’édition qui lui convient le mieux. L’important quand on prend un chemin, c’est de savoir qu’il en existait d’autres et qu’on a choisi de ne pas les prendre.

N’hésitez pas à partager votre expérience personnelle pour étayer cet article, en particulier si vous avez l’un ou l’autre site à conseiller en termes d’impression papier.

 

Photo : Nathan Riley

 

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2 réponses sur “Auteurs, nos degrés d’indépendance”

  1. Je ne connaissais pas Bibisco ni Smashcords, merci pour ces découvertes !

    Pour ce qui est de l’indépendance… À mes yeux, est indépendant celui qui n’a pas à se confronter au jugement ni aux conditions d’un intermédiaire.

    Certes, l’auteur qui rédige sur Microsoft Word n’est pas indépendant dans l’absolu, mais Microsoft n’a aucun droit de regard sur ses écrits, ne les censure pas, ne les juge pas… Et c’est pourquoi je pense que la présence d’un intermédiaire n’altère pas l’indépendance des artistes, du moment que cet intermédiaire ne parasite pas l’oeuvre elle-même.

    Idem pour Amazon, KPD Select mis à part : il s’agit d’une multinationale, d’accord, mais elle ne s’oppose pas à notre liberté de création. Contrairement à un éditeur, Amazon ne se propose pas de juger ou de faire réécrire les textes qu’il distribue – il nous laisse totalement libres, il nous laisse indépendants.

    En fait, tout dépend de quelle indépendance nous parlons. À titre personnel, quand parle « d’auteurs indépendants », je pense à l’indépendance artistique, à l’indépendance de création.

    Mais il est vrai que si l’on s’aventure dans les domaines de l’économie, du civisme et de la politique, alors n’est indépendant que celui qui se suffit à lui-même, à toutes les étapes de rédaction, de conception et de distribution de l’objet-livre.

    Autant dire personne, j’en ai peur.

    1. J’ai volontairement poussé le vice assez loin. Ceci dit, essaie de publier du gratuit sur Amazon. Il faudra donner tes coordonnées bancaires et monter un stratagème avec des ebooks issus d’autres plateformes pour parvenir à obtenir le droit de sortir ton texte à 0€. Et le fichier ne sortira qu’en .mobi pour le lecteur, incompatible avec les liseuses autres que Kindle – et tout le monde ne gère pas Calibre.
      Et quand Smashwords te demande d’uploader un .doc, ils t’incitent à utiliser Word pour travailler. Et il existe des débats dont les participants se demandent si oui ou non il est possible de procéder à une vraie création sur un logiciel propriétaire.

      Sinon, content d’avoir pu te faire découvrir ces outils.

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